INTRODUCTION AU BOUDDHISME TIBETAIN

La période actuelle est celle de la transmission du bouddha Shakya Thouppa, bien que lui-même ait depuis longtemps montré l'apparence du trépas. Mais il est lui-même le quatrième dans la succession des mille bouddhas annoncés destinés à transmettre leur doctrine de libération aux êtres vivants. En dehors de ces mille bouddhas, un nombre bien plus importants d'êtres vivants seront eux aussi devenus bouddhas, bien que n'ayant pas à être les initiateurs d'une nouvelle ère de transmission de la doctrine. Il est nécessaire de comprendre ce point très important à la base de l'interprétation que donne le Mahayana et le bouddhisme tibétain (ou Vajrayana) de la vie du bouddha. Dans cette tradition en effet, le bouddha est déjà bouddha lorsqu'il naît comme prince royal du clan des Shakya. Il n'obtient donc pas l'éveil à Bodhgaya, puisqu'il est déjà bouddha, mais en montre seulement l'apparence en tant qu'exemple dans le but d'enseigner les êtres. Il en est de même de tous les autres actes de sa vie, tous sont destinés à l'enseignement des êtres.

SOMMAIRE


L'initiation et la relation au Lama


La pratique quotidienne d'une Saddhana

 


Préliminaires


Introduction générale


Le respect
des voeux et engagements

 


La vue de la nature ultime

 

LA VIE DU BOUDDHA

Ayant d'abord depuis longtemps développé la pensée d'éveil, la Bodhicitta ou désir de l'état de bouddha pour le bien de tous les êtres, il amassa ensuite, pendant de longs kalpas, les deux qualités du mérite et de la sagesse transcendante.

Puis, dans le paradis Uo Min, il devint un bouddha parfait et accomplit pour le bien de tous les êtres les douze actes suivants :

1. Incarnations variées et multiples pour aider les êtres.
2. Sa venue du royaume des dieux de Ganden sur notre terre.
3. Son entrée dans la matrice de sa mère.
4. Sa naissance.
5. L'affirmation de sa suprématie dans tous les domaines de la science.
6. La jouissance dans la compagnie de ses épouses.
7. Sa renonciation au monde lorsqu'il se fit moine.
8. Sa pratique de l'ascèse.
9. Sa victoire sur les démons et obstacles.
10. Sa manifestation de l'éveil.
11. Sa prédication.
12. Son entrée dans le Nirvana ou au-delà de la souffrance.

Lorsque le bouddha se trouvait au paradis de Ganden et qu'il y enseignait aux dieux, les bouddhas vinrent le prier et lui annoncer que le temps était venu pour lui de s'incarner sur notre terre. Après avoir fait cinq choix concernant l'époque, le pays, la caste, la lignée et sa mère, il posa sa couronne sur la tête de Djialwa Tchampa (Maitreya) qu'il consacra ainsi à être le prochain bouddha après lui-même. Le bouddha choisit d'abord de s'incarner à notre époque où les hommes ne vivent plus que cent ans environ. Il choisit aussi comme lieu d'incarnation notre pays des hommes et le continent indien déjà béni par la venue des précédents bouddhas et où un grand nombre de disciples seraient aptes à entendre sa prédication. Il choisit aussi de s'incarner dans la caste royale qui, à cette époque, était la meilleure. Son quatrième choix concernant la lignée se porta sur une lignée ininterrompue depuis sept générations.

Et enfin, il choisit pour mère la belle Djui Nthrulma (en Sanskrit : Maya) qui possèdait toutes les qualités requises et avait depuis longtemps émis le voeu de devenir la mère du futur bouddha. Ces cinq choix accomplis, le bouddha, sous la forme d'un éléphant blanc à six défenses, entra dans le sein de sa mère par le flanc droit. Celle-ci ressentit alors une joie jusqu'alors inconnue. Au bout de dix mois passés dans le sein de sa mère, il naquit enfin de son flanc droit alors qu'elle s'étirait, tenant une branche de l'arbre paksha dans le parc de Lumbini, où elle se promenait. Il naquit, lui dont l'éclat de l'or pur brillait pareil à dix millions de soleils. Le ciel était tout empli d'objets de culte divins. Les innombrables dieux et déesses venus l'accueillir se saisirent de lui, lui lavèrent le corps, l'enveloppant de divins vêtements. Mais, ordonnant qu'on le lâche, et mettant les pieds à terre, il fit sept pas dans chacune des quatre directions et affirma sa suprématie dans tout l'univers.

Une intense lumière inonda le monde et tous furent emplis de joie. D'autres évènements miraculeux se produisirent aussi ce jour-là qui conduisirent son père, le roi Zetsangma (en Sanskrit Shuddodhana) à lui donner le nom de Ten Droup (en Sanskrit Siddharta) qui veut dire "Celui qui réalise tous les buts".

Plus tard, le prince se rendit chez un maître savant dans les diverses écritures. Le maître lui enseigna alors 500 écritures différentes mais l'enfant déclara qu'il les connaissait déjà toutes et révéla à son maître ébahi un grand nombre d'autres écritures inconnues jusque là. Dans toutes les autres sciences et arts d'habileté et de force, il manifesta aussi son incomparable suprématie.

Puis, afin d'enseigner aux êtres à qui il fallait montrer son habileté à agir en accord avec les vues de ce monde et pour signifier la possibilité de libération au sein du monde, il se maria et goûta alors la compagnie de ses nombreuses épouses. Un jour, sortant de son palais, il rencontra et constata la misère de la vieillesse, de la maladie et de la mort, ainsi que la tranquillité et la sérénité du renoncement en la personne d'un noble moine. Il décida alors, pour le bien des êtres et leur enseignement, de s'appliquer lui aussi à la recherche de la voie de la libération de la souffrance.

A l'âge de 29 ans, il quitta son palais et, au bord du Stupa (monument sacré bouddhiste) de Namda, en signe de renoncement au monde, se coupa lui-même les cheveux et se fit moine. Il se rendit ensuite auprès d'ermites qui pratiquaient une ascèse des plus sévères. Pour enseigner aux êtres la nécessité de la vertu d'effort et de persévérance envers le Dharma ou saints enseignements, il en pratiqua une plus sévère encore. Après six ans d'une telle méditation et d'un jeûne quasi total, pour enseigner aux êtres que la mortification physique et l'affaiblissement du corps ne conduisent pas à l'éveil, et à la prière des bouddhas célestes, il renonça à ces pratiques et reprit de la nourriture et du lait que lui offraient deux jeunes villageoises. Il se demanda alors où manifester l'acte de l'éveil parfait. A la prière des dieux et comme il le pensait lui-même, il entreprit le voyage vers Bodhgaya qui est le lieu où tous les bouddhas des trois temps montrent l'acte de l'éveil.

A chacun de ses pas surgissait une fleur de lotus. Arrivé au siège de Dorjé (Bodhgaya), il s'assit en méditation et demeurant là, il atteignit l'incomparable éveil. Les démons et mauvais esprits ne pouvant le supporter, lancèrent contre le bouddha leurs armées terrifiantes et une pluie de projectiles meurtriers. Mais lui, par la force de sa méditation d'amour, les transforma toutes aussitôt en pluie de fleurs et objets de culte divins. Il montra ensuite l'apparence de l'éveil et son rang de bouddha omniscient. Tous les bouddhas célestes vinrent alors s'enquérir de son bien-être et les Bodhisattvas qui ont fait le voeu du bien d'autrui lui offrirent un parasol aux franges de lumière assez vaste pour couvrir tout l'univers.

Le bouddha alors s'éleva haut dans le ciel toujours assis les jambes croisées et prononça ces paroles :

"L'illusion de l'existence a été interrompue
La souffrance s'est apaisée
La béatitude infinie est obtenue"

Puis, pendant sept semaines, adossé à l'arbre de l'éveil, le bouddha resta à considérer les univers.

Enfin, à la requête du Dieu Tshagpa (en Sanskrit Brahma), il décida qu'il fallait commencer sa prédication. A Sarnath près de l'actuelle Bénarès en Inde, il transmit le premier groupe de ses enseignements concernant les quatre nobles vérités, qui forment l'essentiel des enseignements du petit véhicule ou Hinayana. Plus tard et en bien d'autres lieux, il donna maintes prescriptions sur la discipline des moines. Il accomplit aussi un grand nombre de miracles pour le bien des êtres dont ceux accomplis à l'âge de 57 ans au pays de Nyen Yé où, grâce à la supériorité de sa science et de ses pouvoirs, il défit six maîtres hindous tenant de fausses doctrines.

Ces quinze jours de miracles sont commémorés tous les ans à partir du premier jour du nouvel an tibétain. Au Pic des Vautours près de Rajgriha, principalement, il donna le deuxième groupe des enseignements comprenant les Sutras ou Paroles du bouddha de l'Ultime Perfection de Sagesse ou Prajnaparamita en Sanskrit. Ces enseignements traitent de la nature profonde de vacuité des "dharmas" ou phénomènes, dont la situation est l'absence de toute caractéristique d'existence ou de néant, d'où le nom de "Voie du Milieu" donné au bouddhisme car il échappe à ces deux vues extrêmes qui tranchent pour l'existence ou la non-existence. Ce deuxième groupe d'enseignements forme la base philosophique de tout le grand véhicule ou Mahayana. En fin, à Yang Patchen principalement, il donna le dernier groupe d'enseignements de Sutras ou Tantras qui fondent le véhicule tantrique ou Vajrayana (ou Mantrayana), qui est le véhicule pratiqué principalement par les Tibétains et les Mongols et qui s'est développé aussi en Chine et au Japon. Ce véhicule tantrique comprend un grand nombre de pratiques de méditation et de yoga qui lui sont propres mais contient en lui les deux autres véhicules. Le bouddha montra ainsi un nombre immense d'enseignements pouvant donc convenir à toutes les sortes de tempéraments et inclinations des disciples.

Tout à la fin de sa vie, tourné vers le Nord, il fit une prophétie concernant le développement incomparable que connaîtrait au Pays des Neiges (le Tibet) la doctrine du bouddha. A l'âge de 81 ans, en vue d'enseigner aux êtres l'impermanence et la mort qui est au bout de toute naissance, dans la ville de Kushinagar, le bouddha montra l'apparence du trépas. Il entra en "Nirvana", l'au-delà de la souffrance. Comme support de foi, pour le bien des êtres du futur et pour contribuer au développement de leurs mérites, les reliques de son corps ou ossements furent divisées en huit Stupas différents. Plus tard, elles se multiplièrent spontanément devant la foi des disciples et, de nos jours, il s'en trouve dans divers points du monde bouddhiste.