INTRODUCTION GENERALE Cet article a pour but de faire connaître le bouddhisme tibétain à un public occidental et abordera la plupart de ses aspects dans sa philosophie, son éthique, sa pratique de la méditation etc... Cette approche pourra aussi servir de préparation à tous ceux qui, voulant s'engager plus avant décideront de demander, selon la tradition, les enseignements de pratique d'un Lama, ce qui veut dire un maître. En effet, le but ultime de tous les bouddhistes, quelle que soit leur école, est la réalisation de l'état de bouddha (ou éveil, ou encore libération), et ce but n'est atteint que lors de l'expérience de réalisation de la nature de vacuité de l'esprit et de tous les phénomènes ou "dharmas". Sachant cela, on appréciera mieux l'insistance que toutes les écoles du bouddhisme mettent à la pratique des diverses méthodes de méditation qui sont le moyen de maîtriser l'esprit et ses productions, les pensées. Le terme "bouddhisme" vient du mot Sanskrit "bouddha", signifiant "l'éveillé". Le mot "bouddha" désignant principalement un état que tout être peut obtenir et non une personne, veut ainsi dire: "Celui qui est libre de tout conditionnement". Dans le bouddhisme tibétain et tout le Mahayana ou grand véhicule, on parle donc des bouddhas et non simplement du seul bouddha historique Shakyamuni. Les bouddhas libres de tout conditionnement sont en nombre infini, capables de prendre toutes formes ou apparences pour la réalisation du bien de toutes les sortes infinies d'êtres vivants et cela dans l'infinité des univers et des temps. Dans ce contexte, le bouddha Shakyamouni est le bouddha initiateur, pour les hommes de notre époque, des enseignements qui forment ce que l'on appelle le "bouddhisme".La période actuelle est toujours celle de la transmission du bouddha Shakyamuni, bien que lui-même ait depuis longtemps montré l'apparence du trépas. Nous comprenons ainsi l'immense richesse et abondance des enseignements et techniques spirituelles se composant de méditations avec ou sans forme, techniques de yoga et respirations pour la maîtrise de l'esprit et du souffle, etc.. qui est l'une des caractéristiques du bouddhisme tantrique tibétain. Une autre caractéristique très importante est dite "l'habileté et la facilité de la méthode". Cela signifie non qu'il est facile de devenir bouddha, mais que, si l'on comprend la méthode ou façon de procéder, toutes les circonstances de la vie quotidienne et même tout ce qui nous semble ordinairement faire obstacle à la vie religieuse, comme nos passions ou nos défauts, la colère, la haine et tous les autres, sont utilisés comme méthode même de réalisation par la compréhension de leur essence de vacuité, fabrication artificielle de l'esprit. Les moyens spécifiques du bouddhisme tantrique, abondants comme nous l'avons vu, ne peuvent être mis en oeuvre efficacement que si la fondation sur laquelle ils s'appuient est solide. Cette fondation, dont le résultat est la fermeté, l'assurance et la solidité de l'esprit dans son engagement religieux, comprend plusieurs exercices de méditation et se divise en deux groupes principaux:  Les préliminaires généraux  Les préliminaires particuliers à la pratique tantrique Les préliminaires généraux comprennent essentiellement les quatre réflexions-méditations suivantes:  la difficulté d'obtenir un corps humain  la réflexion sur l'impermanence  la réflexion sur la loi du Karma ou loi de cause à effet  la réflexion sur la souffrance et l'insatisfaction inhérente à toute existence De ces quatre réflexions préliminaires, on tirera un esprit ferme dans son aspiration au Dharma et dans sa pratique. La préoccupation principale sera alors d'échapper à toutes ces souffrances et maux de la roue de l'existence (Samsara) auxquels on aura longuement réfléchi. Mais ce serait une grave erreur de ne désirer cette libération que pour soi-même. Il est dit dans un texte, en substance, que c'est en se préoccupant du bien d'autrui que le bouddha est devenu bouddha et que c'est parce qu'ils sont uniquement préoccupés de leur seul bien égoïste que les êtres ordinaires restent plongés dans le Samsara. Comment désirer le bonheur de l'apaisement pour soi seul sans se préoccuper du sort de tous les autres êtres qui ont tous été, au cours de nos innombrables existences passées, nos parents dans toutes les formes possibles d'êtres, bien qu'actuellement nous ne le reconnaissions pas sous l'empire de l'oubli dû aux morts successives qui effacent le souvenir de leur bienveillance. C'est ainsi que nous aspirerons à la libération pour le bien de tous les êtres, afin d'être capables de les guider à leur tour. Telle est la motivation qui guidera toute la pratique, motivation de base du Mahayana ou Grand véhicule, ainsi que du Vajrayana. Pour développer cette motivation, on s'exercera d'abord à:  la méditation de l'amour qui est le désir du bien d'autrui  la méditation de la compassion, désir de soulager autrui de la souffrance  la méditation de l'éveil qui est le désir de l'éveil pour le bien de tous Comme dans tout le bouddhisme, ce qui est demandé au disciple n'est pas seulement une compréhension intellectuelle de ces enseignements, chose relativement simple, mais la transformation effective de son être par l'application constante de ces principes jusqu'à ce que cette application devienne entièrement spontanée. Cette pratique fondamentale du Mahayana constitue aussi la base indispensable à l'engagement et à la réussite dans la Voie Tantrique. Celui qui se sentira en plein accord avec cette base du bouddhisme que nous avons présentée, devra tout d'abord pour obtenir le plein succès dans ces méditations même préliminaires, prendre refuge auprès d'un maître ou Lama qualifié. Cette prise de refuge, qui consiste dans la promesse solennelle du refuge devant le Lama, est la cérémonie qui marque l'entrée dans la voie bouddhiste choisie par le disciple. Elle ne doit être demandée qu'après mûre réflexion et lorsque l'engagement semble définitif. Mieux vaut prendre son temps avant de s'engager que de s'engager en hâte et à la légère sans les éléments d'appréciation nécessaires, et rompre ses voeux à peine pris, ce qui a de mauvaises conséquences karmiques. La prise de refuge n'est pas qu'une cérémonie d'un seul jour, mais elle est la fondation de tout l'édifice de la pratique bouddhiste et, à ce titre, répétée chaque jour, au début de toute méditation. Cette pratique des refuges est incluse dans ce qu'on appelle la "Sadhana" ou "Méthode pour réaliser" qui contient donc de façon plus ou moins résumée, une voie de réalisation complète comprenant les préliminaires, puis une base constituée de la création hors de la vacuité de la divinité prise comme support de méditation et avec laquelle le méditant s'identifie, suivie de la résorption dans la vacuité, méthode qui conduit à la réalisation intérieure de l'union, indifférenciation de la caractéristique de clarté de l'esprit (diverses perceptions et manifestations) et de sa nature de vacuité (au-delà de toute caractéristique et définition). Cela s'appelle aussi l'indifférenciation du Samsara et du Nirvana, Grand Sceau ou Mahamudra, et forme la vision profonde du bouddhisme tantrique que le méditant s'efforce de réaliser intérieurement. La pratique tantrique ne se conçoit pas sans l'initiation et sans le Lama. Pour porter de bons fruits, la transmission des enseignements doit être une transmission authentique d'enseignements authentiques transmis par un Lama muni des caractéristiques requises et à des disciples, réceptacles, qui en soient dignes. La recherche d'un Lama ou maître qualifié est devenue difficile de nos jours, beaucoup plus qu'elle ne l'était au Tibet. Car au Tibet, le mot Lama qui est la traduction tibétaine du Guru (Maître spirituel) était exclusivement réservé aux rares réincarnations (Tulkous) reconnues comme telles, de sages et saints réalisés à qui l'on reconnaissait le pouvoir de se réincarner volontairement là où leur présence était la plus bénéfique au bien des êtres. Il pouvait aussi exceptionnellement être donné à de grands pratiquants érudits ou Yogins qui n'avaient pourtant pas été reconnus en tant que réincarnations (Tulkous). Ce mot de Lama pouvait désigner soit des Lamas moines astreints au célibat par leur voeu, soit des Lamas mariés mais, en aucun cas, ce mot n'était employé pour désigner indistinctement tous les moines très nombreux au Tibet. C'est donc par un maître authentique que l'initiation, racine du Vajrayana doit être donnée. Chacune de ses étapes donne le pouvoir de méditation sur la voie qui lui est reliée et donc l'obtention du fruit correspondant. Sans l'initiation et quelle que soit l'intensité de notre pratique, il ne peut y avoir les bons résultats des hautes réalisations. L'initiation et celui qui la confère, le Lama que nous devons voir comme la divinité, sont donc la source, cause indispensable qu'est la naissance future de toutes vagues de dons (bénédictions) et pouvoirs de réalisation.