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SOMMAIRE


La pratique quotidienne d'une Saddhana

 


Préliminaires


Introduction générale


Le respect
des voeux et engagements

 


La vue de la nature ultime

 

L'INITIATION ET LA RELATION AU LAMA

Ce thème de l'initiation et de la relation au Lama est essentiel et propre au Vajrayana. Nul ne peut pratiquer la voie du Vajrayana s'il n'en a auparavant jamais reçu d'initiation d'un Lama qualifié et c'est l'initiation qui fonde le lien au Lama. Nous allons donc essayer d'expliquer ce qu'est une initiation. Tout d'abord, il faut savoir que selon la classification la plus généralement retenue, il existe quatre classes principales de Tantras, à savoir selon leur nom sanskrit, les Kriyatantras, les Caryatantras, les Yogatantras et les Anuttarayogatantras. Les différents Tantras qui sont des textes exprimant la parole des bouddhas ont ainsi ultérieurement été répartis en quatre classes en fonction de différents critères. Ainsi les Tantras se trouvent-ils classés dans l'ordre précédemment énuméré selon le type de pratiques qu'ils contiennent et le type de pratiquants auxquels ils conviennent plus particulièrement.

La première classe de Tantras regroupe des pratiques qui prennent appui principalement sur des objets et des rites extérieurs tels que des rites de purification et la visualisation de déités comme extérieures au méditant. Plus on progresse vers les Tantras supérieurs, plus les pratiques s'intériorisent en prenant appui sur le corps et les processus physiques propres au pratiquant. Par exemple, dans les Tantras de l'Anuttarayoga, le mandala de la déité pratiquée est tout entier contenu dans le corps du méditant.

Les rituels de transmission des initiations sont fondés sur les instructions se trouvant dans les Tantras. Le sens de ces derniers étant parfois peu clair et les instructions se trouvant dispersées dans une abondance de pages, ce fut tout le travail des grands sages et traducteurs érudits de l'Inde ancienne et du Tibet que de se livrer à un travail d'exégèse permettant la compréhension et la mise en pratique des instructions des Tantras.

Le mot " initiation " correspond au terme sanskrit " abisheka " et tibétain " dbang bkur " qui se réfère à l'eau purificatrice transmettant un pouvoir. On peut également traduire ces termes par " transmission de pouvoir " car l'initiation est avant tout transmission par le Lama du pouvoir de méditer sur une déité particulière et de réaliser le fruit ultime de l'état de bouddha grâce à cette méditation.
Dans toutes les classes de Tantras, deux types de rituels d'initiation sont décrits, ceux qui font appel à un mandala et à sa visualisation et qu'on appelle " dbang chen " en tibétain ou " grande initiation " et ceux qui se contentent de la visualisation de la seule déité. Ces derniers s'appellent " rjes gnang " ou " transmission d'autorisation ". Les rites de " grande initiation " sont beaucoup plus longs que les autres et peuvent parfois nécessiter une transmission répartie sur plusieurs jours.

Les " rjes gnang " transmettent les bénédictions du corps, de la parole et de l'esprit de la déité et permettent de façon ultime la réalisation par le méditant de l'identité de son corps, parole et esprit avec ceux de la déité. Il est ainsi à même de réaliser le sens de la vacuité et de l'indifférenciation du Samsara et du Nirvana, atteignant par là à la libération de la bouddhéité.
Ce type d'initiation implique le respect d'un certain nombre d'engagements tels que les vœux du Refuge, le rejet des fautes, le développement de la pensée d'éveil ou désir d'obtention de l'état de bouddha pour aider à la libération des autres, ainsi que le respect et l'obéissance envers le Lama transmettant l'initiation.

Les rites de " grande initiation " dans un mandala sont beaucoup plus développés ; ils contiennent une partie préparatoire précédant l'entrée dans le mandala puis la prise des consécrations à l'intérieur de celui-ci. La partie préparatoire comprend la prise des vœux communs et ceux qui sont propres à chacune des cinq familles de bouddhas dont chacune correspond à une des sagesses fondamentales, à l'aspect purifié d'un des agrégats et d'une des passions ou pulsions fondamentales. Cette prise des vœux est suivie de l'énoncé du secret et de l'engagement à le respecter ; il s'agit essentiellement de l'engagement de ne rien révéler concernant l'initiation et la pratique auprès de personnes n'ayant jamais reçu l'initiation. Un rite essentiel de la partie préparatoire consiste dans la " descente de l'être de connaissance transcendante ". Il existe un grand nombre de variantes de ce rite ; par exemple, il s'agit souvent de la fusion entre le méditant qui s'est visualisé lui-même sous la forme de la déité et la déité dite de " connaissance transcendante " qui descend en lui, le purifiant et le transformant ainsi en digne récipient des consécrations qui vont suivre.

Après la partie préparatoire vient l'entrée dans le mandala où le méditant " rencontre " la déité qui est une avec le lama et dont il reçoit toutes les consécrations. On trouve en général les consécrations de chacune des cinq familles de bouddhas permettant d'atteindre à la sagesse spécifique correspondante et de purifier les agrégats et pulsions rattachés. Ces cinq consécrations apportent la purification des objets perçus par les cinq sens qui sont alors vus comme la forme pure de la déité. Il est dit dans un texte d'initiation : " A partir d'aujourd'hui, vous devrez rejeter toutes les pensées qui tiennent les objets de la perception pour ordinaires et vous devrez au contraire les considérer en tant que sagesse transcendante des bouddhas. "

Ces cinq consécrations sont souvent suivies par la consécration de Dorjé Sempa ou Dorjé Chang qui symbolise la sixième famille quintessence des cinq précédentes. L'esprit à l'origine des perceptions est lui-même purifié dans la vacuité-clarté de " l'esprit adamantin " traduction du terme Dorjé Sempa (sanskrit Vajrasattva). L'initiation dit : " Ce Dorjé est le symbole de l'essence d'indifférenciation de la connaissance et de la vacuité, l'espace du Dharma libre de toute manifestation; de la même manière, imaginez que votre propre esprit est le Dorjé du sens ultime, l'esprit d'éveil sans commencement ni fin, libre de toute manifestation. "

Toutes ces consécrations constituent la consécration dite du " vase " qui est la première des quatre consécrations fondamentales du Vajrayana, correspondant à quatre voies de méditation et à quatre fruits, ceux des quatre corps de bouddha, le Nirmanakaya ou Corps d'Emanation, le Sambhogakaya ou Corps de Félicité, le Dharmakaya ou Corps du Dharma et enfin le Corps d'Essence Véritable qui est la synthèse et la quintessence des trois précédents. La consécration du vase dépose dans le méditant le germe de la réalisation du Corps d'Emanation en donnant le pouvoir et la maîtrise sur la méditation du corps de la déité.

La consécration suivante qu'on appelle " consécration secrète " permet la maîtrise sur la méditation des souffles et dépose le germe de la réalisation du Corps de Félicité.

La troisième consécration dite de " connaissance-sagesse " apporte la maîtrise sur le flot des nectars et dépose le germe de la réalisation du Corps de Dharma.

Enfin la quatrième qui s'appelle justement ainsi, permet la maîtrise sur les processus mentaux les plus subtils et dépose le germe de la réalisation du Corps d'Essence Véritable.

Comme nous l'avons indiqué brièvement plus haut, l'initiation est indispensable pour qui veut pratiquer le Vajrayana. Il ne s'agit pas seulement d'une transmission d'autorisation de pratique mais le rituel d'initiation par lui-même est libérateur. On trouve dans les textes ces quelques lignes concernant les bienfaits de l'initiation : " Les disciples particulièrement doués peuvent atteindre la libération sitôt la fin de l'initiation; les disciples qui, sans être particulièrement doués, s'entraînent sans relâche au sens de l'initiation, peuvent sans qu'il soit besoin pour eux de pratiquer autre chose, obtenir les pouvoirs ultimes au terme de sept renaissances; il est dit enfin qu'après avoir obtenu l'initiation, on atteindra la réalisation au terme de seize renaissances si l'on a réussi à éviter la rupture des engagements sacrés essentiels.

Les disciples auxquels l'initiation ne suffit pas pour atteindre la libération, sont pourtant grâce à celle-ci transformés en dignes réceptacles pour la révélation de la voie libératrice.

En effet, l'initiation est la racine même de la voie tantrique, elle purifie les fautes accumulées au cours de vies innombrables et elle est la source de l'obtention de tous les pouvoirs. "

Un certain nombre de caractéristiques sont requises aussi bien du lama qui transmet les initiations que du disciple qui les reçoit. Il est impératif que le lama ait accompli les retraites de méditation concernant la déité transmise ou au moins les retraites de la classe correspondante de Tantras. Il doit donc connaître parfaitement les mantras, tantras et instructions de pratique, il doit être habile dans l'accomplissement du rituel et son esprit doit être motivé par la compassion à l'égard de ses disciples.

Quant au disciple, il lui est demandé de posséder de la foi, de la compassion, un esprit discipliné, faiblement affecté de pensées perturbatrices, beaucoup d'intelligence et une grande aspiration envers la voie du Vajrayana.

Recevoir une grande initiation implique le respect d'un certain nombre d'engagements tels que ceux communs à toutes les initiations comme le refuge, le développement de la pensée d'éveil ou désir de la bouddhéité pour le bien de tous, et l'obéissance au lama. Il y a en plus l'engagement des vœux propres au Vajrayana tels que l'abandon de quatorze fautes racines, etc.. ou autres vœux propres à la déité que transmet l'initiation.

La première de ces quatorze fautes et la plus sérieuse en termes de gravité karmique consiste dans le mépris ressenti à l'égard de son lama racine. Vous devez considérer comme votre lama celui qui vous transmet les initiations, des explications sur les tantras ou des instructions de pratique dans le Vajrayana. La relation au lama est particulièrement importante et il convient donc de se montrer vigilant dans le choix des enseignements et du lama. Le seigneur Sakya Pandita dit : " Le lama est le bouddha même, et il l'est depuis le moment de l'initiation. "

Le puissant yogui Birwapa énonce ainsi l'importance du lama : " Ne regardez pas le lama et Dorjé Sempa comme différents. Le lama est le bouddha, le dharma et la sangha. Si vous aspirez aux suprêmes réalisations, vous devriez toujours vous occuper de satisfaire le lama. Le lama qui est l'incarnation de tous les bouddhas révèle pour votre propre bien, dans cette époque de querelles, une forme semblable au commun des mortels. Si, en le comprenant, on sert celui que tous devraient servir (le lama), on devient un réceptacle pour les réalisations des bouddhas des trois temps. "

Il est dit dans l'enseignement du Lamdré : " Voir une différence entre le Lama et la déité Yidam (déité de pratique) et les regarder comme distincts, constitue une rupture de la chaîne de production interdépendante de la voie du Vajrayana et doit être regardé comme l'œuvre du démon qui retarde l'obtention des réalisations . "

L'obtention de la réalisation de la bouddhéité est donc fonction de la manière dont on regarde son Lama. Si on le voit comme le bouddha même, on obtiendra de lui les bénédictions de l'état de bouddha. Si on ne le voit que comme un homme ordinaire, on n'obtiendra que des réalisations ordinaires.

Le disciple est lié à son Lama racine par un lien très fort qui est illustré dans l'une des prières les plus émouvantes du Vajrayana : "Sans jamais être séparé au cours de toutes mes existences du parfait Lama et jouissant de la richesse du Dharma, puissé-je rapidement obtenir l'état de Dorjé Chang (l'ultime bouddhéité) après avoir parachevé les qualités des terres et des voies spirituelles. "