PRELIMINAIRES Il est peut-être utile de rappeler que bien que tous les Bouddhistes aspirent à l'état de bouddha, cette religion-philosophie se présente sous trois grandes formes, trois "véhicules" différents tant du point de vue du corpus des textes de référence que des pratiques de méditation, le petit véhicule ou Hinayana, le grand véhicule ou Mahayana et le véhicule tantrique ou Vajrayana. Le Vajrayana qui est le véhicule pratiqué par les Tibétains et les Mongols, est aussi très répandu en Chine et dans une moindre mesure au Japon. Ses pratiques se fondent sur les textes qu'on appelle des Tantras et qui sont des textes énoncés par le bouddha sous des manifestations différentes. Les Tantras font partie du Kangyur, collection réunissant toutes les paroles du bouddha. Il est important de préciser que pour ses pratiquants, le Vajrayana ne se conçoit pas comme un véhicule séparé excluant les deux autres formes du bouddhisme mais il est au contraire loué comme étant le véhicule suprême et ultime rassemblant la quintessence des deux autres. C'est ainsi que le pratiquant tantrique possède les trois vœux, celui du rejet du mal qui est la quintessence du Hinayana, celui de l'accomplissement des vertus du bien d'autrui, quintessence du Mahayana et le vœu propre au Vajrayana, c'est à dire le respect d'un certain nombre d'engagements qui procèdent de l'initiation. L'initiation est à la base du Vajrayana, c'est elle qui génère le lien avec le Lama. Sans elle, il n'est pas possible de pratiquer dans ce véhicule mais chaque fois qu'on reçoit une initiation, on promet en même temps de respecter un certain nombre d'engagements. Il est donc indispensable d'être prêt et cette préparation s'accomplit grâce aux pratiques préliminaires. Les préliminaires sont de deux sortes, les préliminaires généraux qui sont ceux qui sont communs aux pratiquants de toutes les formes de bouddhisme et les préliminaires spécifiques au Vajrayana. Parmi les préliminaires généraux, il en est qui sont communs au Hinayana et au Mahayana ensemble et d'autres qui ne sont communs qu'avec le Mahayana. Ainsi, il est nécessaire de mener une réflexion approfondie sur les quatre thèmes suivants qu'on qualifie de "capables d'inverser le cours du mental":  la difficulté d'obtenir un corps humain  la réflexion sur l'impermanence  la réflexion sur la loi du Karma ou loi de cause à effet  la réflexion sur la souffrance et l'insatisfaction inhérente à toute existence Seul un puissant karma de vertu peut procurer une incarnation humaine propice à la pratique spirituelle et ce qu'on nomme vertu est tout acte, pensée ou parole accompli dans le souci du bien d'autrui. L'incarnation humaine sous certaines conditions est la seule qui permette vraiment le choix de son destin et l'atteinte de l'objectif de la bouddhéité. Si l'on a pu réunir cette vertu une fois et que la vie humaine obtenue soit gaspillée dans de vaines poursuites mondaines, il serait improbable qu'une deuxième chance se présente rapidement; en effet, il faut songer que relativement aux autres types d'existence inférieure comme l'existence animale (songeons aux insectes par exemple) ou autres mauvais états, l'existence humaine est rare. Et l'existence humaine munie des conditions propices à la pratique du bouddhisme est encore plus rare. Un grand nombre de conditions (dix-huit au total) doivent être remplies pour que cette incarnation soit la "précieuse incarnation humaine" qu'il s'agit à tout prix de ne pas gaspiller. On peut les résumer dans la nécessité de naître dans un environnement permettant l'accès aux enseignements spirituels du bouddha. Une incarnation qui réunit toutes ces conditions est comparable par sa rareté à la vision d'étoiles en plein jour. Il faut donc l'utiliser au mieux. Convaincu alors du prix inestimable d'une telle incarnation, on réfléchira que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de son terme; la mort est au bout de toute existence, nul ne lui échappe quelle que soit sa puissance, sa renommée, sa richesse ou toute autre qualité. Cette réflexion doit être menée jusqu'à ce que le sentiment d'une mort possible à tout instant imprègne tout notre être. Une seule chose nous accompagnera pourtant et ce sera le fruit de toutes nos actions passées du corps, de la parole et de l'esprit; ce fruit ne nous quittera pas, de même que l'ombre est inséparable du corps. C'est pourquoi il faut utiliser dès maintenant tous les instants de vie qui nous restent à travailler à la cause de notre bonheur futur en s'engageant dans la voie du Dharma.